La Rue Saunière
Un jeune homme égaré, qui doit se rendre à un rendez-vous important
rue Saunière, demande son chemin à un homme âgé qui ne répond pas à sa
question, mais l’égare un peu plus par ses digressions sur le temps, la vie, la
jeunesse, l’âge, la douleur et la mort…
L’auteur
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A l’ouverture, un vieil homme immobile seul en scène.
LE JEUNE HOMME (arrive essoufflé, un attaché-case à la main) - Excusez-moi...
LE VIEIL HOMME (se retournant) - ...Oui ?..
LE JEUNE HOMME - Je cherche la rue Saunière, je crois que je me suis égaré.
LE VIEIL HOMME (pensif) - Ah ? Tiens ?
LE JEUNE HOMME - Pouvez-vous m’indiquer le chemin ?
LE VIEIL HOMME - Oui, je le peux.
Silence.
LE JEUNE HOMME (impatient) - Je vous serai reconnaissant de le faire en ce cas !
LE VIEIL HOMME - Holà ! Holà ! Du calme jeune homme !
LE JEUNE HOMME - Je ne voudrais pas vous brusquer, mais je cherche mon chemin...
LE VIEIL HOMME (impassible) - Oui, oui, je le vois bien, sinon vous ne le demanderiez pas.
Silence.
LE JEUNE HOMME - Et je suis un peu pressé, voyez-vous !
LE VIEIL HOMME - Un peu : seulement ? Alors vous avez le temps !
LE JEUNE HOMME - C’était une façon de parler ! Pressé ! Je suis pressé !
LE VIEIL HOMME - Ah ? Pressé ? (Un temps.) C’est différent, mais ça ira, vous avez le temps tout de même !
LE JEUNE HOMME (agacé) - Je suis très, très pressé !
LE VIEIL HOMME - Quelle erreur jeune homme ! Si seulement je pouvais vous convaincre de cette fatale erreur dans laquelle vous usez vos jeunes années ! (Le jeune homme s’impatiente et regarde alentours afin de trouver un autre quidam qui pourrait le renseigner.) Mais vous ne m’écoutez pas n’est-ce pas ?
LE JEUNE HOMME - Mais si ! Mais si ! Alors ? La rue Saunière ?
LE VIEIL HOMME - Non. Vous ne m’écoutez pas. Vous jetez des regards inquiets alentours, à la recherche d’un autre interlocuteur.
LE JEUNE HOMME - Vous en avez de bonnes, vous ! Vous ne voulez pas me répondre !
LE VIEIL HOMME - Ce n’est pas la question. Je trouve dommage que vous soyez pressé. C’est tellement inutile d’être pressé ! Il suffit d’être à l’heure...
LE JEUNE HOMME - C’est bien pour ça que je suis pressé ! Je voudrais arriver à l’heure et je suis en retard !
LE VIEIL HOMME (rêveur) - Je ne l’entendais pas comme ça... Je voyais les choses d’une façon plus abstraite...
LE JEUNE HOMME (piaffant d’impatience) - Désolé, je suis terre à terre : mon rendez-vous est désespérément concret...